L'érosion
Les géologues pensent que ces pierres sont
le fruit de phénomènes naturels dûs à
l'érosion. Ces creusements remonteraient à des périodes
fort éloignées où les glaciers auraient formé,
de par leurs mouvements, des bassins. L'action des torrents creusant
des "marmites de géant" ou l'acidité de
l'eau de pluie sur des cavités naturelles du rocher sont
également des hypothèses avancées. Il est à
noter que la grande majorité de ces bassins possède
un déversoir, élément qui paraît trop
caractéristique pour un seul phénomène naturel.
Nous citerons ici l'avis d'Henri Pelletier (La
Limagne : Géologie Archéologie) :
Curieuse morphologie du granite
" On se trouve là en présence
de vasques, de cuvettes, d'auges, de coupelles creusées profondément
dans le granite et dont le fond est souvent rempli d'eau, sauf en
période de grande chaleur et de sécheresse en été.
Le granite est à gros grains dont les grands cristaux de
feldspath aux faces parfois miroitantes se voient bien; il est dur
et sain. On se pose donc la question de savoir ce qui a pu le creuser
aussi profondément. Certaines cuvettes sont encastrées
les unes dans les autres et reliées par des goulets qui sont
visiblement des diaclases naturelles du granite, c'est-à-dire
des lignes de clivage attaquées et rongées par l'érosion.
Il est difficile d'admettre que ce sont les gouttes de pluie qui
ont creusé ces vasques larges et profondes. Plusieurs solutions
s'offrent selon nous pour expliquer ce modelé curieux et
dont le processus de formation n'a pratiquement pas été
étudié en Auvergne. Il est possible d'admettre qu'il
s'agit d'une action chimique de l'eau de pluie qui séjourne
et imprègne la roche dans le fond des vasques; en hiver s'y
ajoute l'action du gel qui disjoint les cristaux, ou même
les fait éclater s'ils sont fissurés (feldspath).
On trouve au fond des vasques des cristaux isolés et libres
de feldspath mais assez peu de quartz. L'eau stagnante au fond des
vasques est acide (pH peu élevé) ; ceci peut être
dû à une teneur en silice solubilisée, mais
aussi aux débris végétaux qui y tombent et
s'y décomposent ainsi que les algues vivantes qui s'y installent
dans l'eau croupissante. Ceci est une première hypothèse
assez satisfaisante : tout aurait commencé par une simple
flaque d'eau qui, peu à peu par les processus que nous venons
d'indiquer, se serait très lentement élargie et approfondie.
Mais cette morphologie pittoresque et inattendue n'existe pas que
sur cet éperon. M. Beaujeu-Aiguebonne, président de
la société des études locales de Thiers, en
a répertorié plus de 150. Nous en avons visité
un certain nombre et ils sont tous caractérisés de
la même manière. De plus on connaît une érosion
du même genre en Bretagne sur certaines crêtes, mais
aussi en Auvergne dans le lit de certains torrents : par exemple
la Monne qui est sur la bordure occidentale de la Limagne. Ceci
nous conduit à une deuxième hypothèse : celle
d'une érosion torrentielle, ou d'une érosion glaciaire.
Dans une de ces marmites, en un point qui ne nous avait pas été
signalé en bordure d'une terre labourée, nous avons
trouvé un galet sphérique en granite et un agriculteur
en a trouvé également un près de Saint-Rémy-sur-Durolle.
De tels galets existent dans les marmites torrentielles, entraînés
par l'eau et prisonniers d'un bas-fond dans le lit d'un cours d'eau
rapide ; ils érodent le granite et finissent par creuser
une de ces vasques que nous connaissons. On pourrait donc admettre
que lors des dernières périodes glaciaires en Limagne,
les plateaux qui la bordaient alors comme aujourd'hui étaient
couverts d'une couche de glace qui ne fondait que très momentanément
en été, et peut-être même pas entièrement.
Au moment de la fonte, les eaux d'écoulement devaient se
creuser des passages sous la couche de glace et y entraîner
des fragments de roche qui, sur un replat ou dans un ressac, pouvaient
se trouver pris dans un tourbillon d'eau et y rester prisonniers.
De cette sorte, le même phénomène que les marmites
torrentielles se serait produit et expliquerait ce que nous découvrons
aujourd'hui. "
Dans les Vosges, ce phénomène est
observé également dans les bancs de grès. Voici
un extrait du livre "L'Alsace et les Vosges : Géologie,
milieux naturels, flore et faune (Yves Sell / Editions delachaux
et niestlé 1998)
"Les rochers à cupules et à
cuvettes
A la surface des bancs de grès s'observent parfois des dépressions
hémisphériques de quelques centimètres ou de
quelques décimètres de diamètre : ce sont les
cupules et les cuvettes. Leur origine est naturelle. En effet, certains
bancs de grès renferment des concrétions sphériques,
de taille variable, riches en carbonate de calcium. Lorsque ces
roches viennent à affleurer, les eaux de ruissellement dissolvent
les carbonates. Alors naissent des cavités de section circulaire,
cupules et cuvettes."
Dans le massif des Vosges (Haut-Rhin 68), au bord
du ruisseau Neuweiherbach (trop plein du lac "petit Neuweiher"),
deux petits bassins sont visibles dans un banc de granite à
un ou deux mètres du ruisseau. En les étudiant, on
remarque qu'ils sont remplis d'eau, de sable et de gravier. Dès
que le niveau du ruisseau augmente, ces cavités récupèrent
sable et gravier qui tourbillonnent et creusent le bassin de façon
parfaitement sphérique (15cm de diamètre pour 10cm
de profondeur).
Il n'est pas rare de trouver des bassins en formation
appelés plus communément "marmites de géant"
dans les torrents ou rivières sur lits rocheux. On peut en
observer de très belles dans le ruisseau de l'Abîme
près de Saint Claude dans le Jura (39).
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Bassins et "marmites de géant"
en formation dans les gorges de l'Abîme
près de Saint Claude (Jura) |
En contrebas du "saut du Doubs" (Haut-Doubs
- 25), un rocher remarquable présente une multitude de bassins
de tailles diverses sur le lit du Doubs . Le fond de ces bassins
est plus ou moins rempli de sable et de graviers. Ces bassins sont
donc encore en cours de formation... Un exemple frappant de bassins
issus de l'érosion naturelle par l'eau.
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Bassins avec déversoirs présents
sur un rocher dans le Doubs (Doubs) |
Ces phénomènes naturels de creusement
par l'action de l'eau expliquent en partie la forme étrange
des bassins. En effet, les bassins sont en majorité sphériques,
de tailles variables et parfois, ils peuvent fusionnés entre
eux créant des formes étranges qui rappellent des
corps humains. Les déversoirs que l'on retrouvent en grande
majorité sur la plupart des bassins seraient issus du débordement
permanent du bassin alimenté en continu par la rivière.
Au bout d'un certain temps (année, siécle, millénaire...
?), cet écoulement finit par marquer la pierre en créant
un déversoir.
Ceci signifirait que la majorité des pierres
à bassins auraient été créées
en des temps reculés par un cours d'eau aujourd'hui disparu...
Autre phénomène géologique
intéressant : les "taffoni"
corses.