Les carrières
Durant nos nombreuses recherches sur le château
de Montguerlhe, nous avons découvert quelques pierres insolites
: des pierres à bassin et à encoches (une douzaine de pierres numérotées
de 1 à 12).
La tradition locale fait de ces rochers des pierres
cultuelles celtiques soit disant "pierres à sacrifice" ou "pierres
de guérison".
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| Pierre à bassin n°1 |
Pierre à
bassin n°4 |
Pierre à bassin n°8 |
| (Montguerlhe) |
Notre côté cartésien nous a rapidement fait abandonner
cette voie pour essayer de percer le mystère de ces pierres. L'avis
des géologues plaide plutôt en faveur d'un phénomène naturel du
à l'érosion du granite (bleu / gris) pendant la glaciation. La découverte
de pierres à encoches ou à emboîtures à proximité immédiate de ces
pierres à bassin nous a rapidement orienté vers une autre solution.
En effet notre douzaine de pierres insolites est
en fait le stigmate d'une activité de carrier, en l'occurrence les
restes des carrières du château de Montguerlhe (11ème siècle). Le
plus délicat était de faire le rapprochement entre les bassins et
les emboîtures.
Il existe en France, une multitude de pierres
à bassin et à cupule. Leurs rôles et leurs origines demeurent encore
un mystère car les études approfondies de ce phénomène sont rares.
Mais souvent, elles semblent avoir été aménagées par les hommes
et se retrouvent dans des sites d'occupation humaine de diverses
époques (du paléolithique au moyen-âge).
Par exemple, au Mont Sainte Odile (Bas-Rhin),
tout autour du mur païen (mur de fortification de 10 km de long
dont le rôle et la date de construction sont très controversés),
ces pierres à bassin se retrouvent en de nombreux endroits. Cette
multitude de bassins permettait vraisemblablement à ces populations
(âge du bronze - âge du fer - époque gallo-romaine - moyen-âge ?)
de récupérer les eaux de pluies et d'avoir ainsi une petite réserve
d'eau immédiatement disponible.
Francis Mantz, chercheur et auteur d'un livre
sur le mur païen, a remarqué qu'il existait de nombreux bassins
près des carrières de pierres. Voici son point de vue :
" Aussi, lorsque le mur était achevé dans un
secteur donné, on arrêtait l'exploitation des carrières correspondantes,
d'où la présence de quantité de rochers plus ou moins entamés à
proximité immédiate du Mur païen. La présence de ces derniers est
demeurée un mystère jusqu'à la fin du XIXe siècle. Certains les
qualifièrent de lieux de culte druidique ou encore d'autels à sacrifices,
la proximité de pierres à cupule ayant pu corroborer ces interprétations
teintées de romantisme. Ce fut le mérite de R. Forrer et de ses
amis A. Laugel et Ch. Spindler de replacer ces amas rocheux entaillés
dans leur contexte archéologique. Après débroussaillement des alentours
et après avoir débarrassé la roche affleurante de sa gangue végétale,
ils ont mis en évidence de nombreuses petites carrières de pierre.
"
" Outre l'usage sacré que les auteurs passés
ont pu prêter aux nombreuses roches à cupule, des destinations plus
prosaïques ont été évoquées ici ou là; ainsi, nos lointains ancêtres
se seraient également servis de pierres à bassin dans leurs occupations
domestiques : conservation de breuvages, broyage de matières alimentaires
ou colorantes... Peut-être la communication par signaux entre divers
points du massif ou l'éclairage de quelque passage de montagne se
faisaient-ils par inflammation de substances résineuses… On n'apportera
peut-être jamais d'explication rationnelle à la présence des innombrables
roches à bassin dans le massif du mont Sainte-Odile. Si une grande
partie résulte manifestement de l'érosion, il est incontestable
qu'un certain nombre d'entre elles a été excavé par l'homme à des
fins utilitaires, car la présence des déversoirs n'est pas le fruit
du hasard : la proximité des carrières de pierre ne paraît pas sans
importance et permet de suggérer des liens logiques entre la présence
de cupules et les techniques de débitage des roches. "
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| Pierre à
bassin |
Pierre à
encoches |
Bassin +
encoches |
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(Mont Sainte Odile) |
Le site de Montguerlhe présente les mêmes phénomènes.
La présence de bassin serait donc intimement liée à l'activité des
carriers. Les bassins étaient un moyen simple, à l'époque, de récupérer
les eaux de pluies. En parallèle les carriers repéraient les failles
naturelles des blocs (diaclases) de granite et y creusaient à intervalles
réguliers des emboîtures (encoches). Ces encoches étaient destinées
à la mise en place de coins en métal (fer) ou en bois. Les coins
en fer frappés en cadence par les carriers, permettaient d'éclater
le bloc en deux morceaux. La mise en place de coins en bois de chêne
permettait, grâce à leur régulière humidification, un gonflement
(sous l'effet de l'eau) exerçant régulièrement une force sur le
bloc. L'action simultanée de plusieurs coins de bois sur un même
plan de cisaillement provoquait, avec le temps (quelques heures),
la fracture contrôlée du bloc. Les blocs éclatés, moins volumineux,
étaient alors débités plus facilement.
Le pourtour de certaines encoches montre aujourd'hui
des signes d'érosion, preuve que ces encoches remontent à des temps
reculés… L'utilisation des coins de bois par les carriers est très
contestée aujourd'hui... En effet, beaucoup reprochent à
cette technique une préparation lourde pour un résultat
aléatoire et un rendement faible.
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Pierre à encoches n°2
sans et avec coins de bois
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(Montguerlhe) |
Notre hypothèse est confirmée par une pierre (n°11)
qui cumule les deux phénomènes : le bassin et les encoches. Le bassin
permet, par un débordement canalisé, d'alimenter les coins en bois
présents dans les lignes d'encoches.
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Pierres à encoches n°11
(bassin + encoches) |
(Montguerlhe) |
Cette technique d'éclatement de roche est très
ancienne et était déjà utilisée en Egypte pour la construction des
pyramides (la technique aux coins de bois de sycomore est très
contestée actuellement par certains achéologues) et
en occident au néolithique pour le façonnage des mégalithes (dolmen
et menhir).
Un exemple similaire sur un autre continent : les
pierres à encoches du Macchu Pichu (Pérou)
Une publication sur les pierres à bassin et à encoches
de Montguerlhe est en cours d'écriture...